L'après Bataclan

Alors alors

2019

J’ai cette chanson de Big Flo et Oli qui me vient en tête dès que j’ai envie de parler de mon année 2019.

Alors alors. En 2019, j’ai débuté mon nouveau poste et ça se passe bien. Le boss est au courant pour le Bataclan. Et malgré cet handicap, il m’a fait confiance. Ça fait plus un an que je travaille à ses côtes et c’est cool. Ça fait du bien de ne pas se retrouver avec la boule au ventre pour aller bosser. Je n’avais jamais connu ça, auparavant.

 

Bref. J’évolue. Professionnellement et personnellement.


2020 – Retour aux symptômes

Malgré cela, le retour aux symptômes me rappelle que non. Ce n’est pas fini.

Jeudi dernier, j’ai pleuré, je m’en suis voulue même. Parce que je ne supporte toujours pas les stroboscopes. Je ne supporte pas les lumières blanches qui s’agitent dans une salle de concert. Je m’en veux de ne pas réussir a dompter ce symptôme. Je m’en veux de ne pas réussir à avancer là-dessus. Je fais de mon mieux. Je m’autopersude que tout va bien lorsque je les vois. Comme lorsque j’entends un bruit suspect.

Mais ça ne fonctionne pas. Ça ne fonctionne pas de la même manière. Je n’y arrive pas. Avec la lumière, je me retrouve dans le Bataclan. Je me retrouve à nouveau au premier rang du concert. Je me revois, me retourner pour savoir ce qu’il se passe et ne voir que des flash sortir des armes. Toujours.

Ça ne passe pas. Et, puis plus j’essaye de me contrôler, plus je me sens mal.


Malaise

Vendredi, j’ai vu ma psy et je suis vraiment heureuse de la voir. Elle m’a expliqué que ce que je ressens lorsque je vois ces flash : c’est un malaise physique (parce que psychologique également). J’ai déjà fait des malaises vagaux. Plein de fois. Mais jamais je n’avais fait le rapprochement entre ce que je ressens avant, pendant et après mes « crises » et les malaises vagaux.

Parce que lorsque je fais ma « crise » pendant le concert : j’ai chaud, j’ai des sueurs froides, j’ai la nausée, j’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes, j’ai du mal à me tenir, j’ai l’impression que toute mon énergie s’en va. Et quand c’est passé, je suis vidée.

Je n’ai jamais fait le rapprochement, peut être aussi parce que je n’accepte pas. Clairement pas. Je ne veux pas accepter ça ! Je ne veux pas accepter que j’aille mal au point de faire un malaise, à cause de quoi ? De lumière ??


Rituels

Grâce à ma psy, je me suis aussi rendue compte que j’avais des rituels liés aux concerts. Je fais toujours la même chose, toujours de la même manière que le soir du Bataclan.

  • Je mets des chaussures avec lesquelles je pourrai courir, au cas où.
  • Je ne porte jamais de sac, j’ai toujours tout sur moi dans un petit porte monnaie où il y a de l’argent, mon billet de concert et ma carte d’identité, au cas où je meurs, que l’on puisse m’identifier.
  • Je ne mets jamais mon manteau au vestiaire de la salle, au cas où je devrais courir dans le froid.
  • Je ne pars pas avec mon portable à peine chargée, on ne sait jamais. Le soir du Bataclan, il me restait que 10 %. J’ai eu de la chance que ça n’a pas coupe lorsque T,. M’a téléphoné pour me retrouver.
  • Lorsque je suis dans un concert, je vais instinctivement me trouver proche de la sortie de sortie, éloignée de la foule. Au cas où.

J’ai des putains de rituels. Comment puis-je être normale dans ce monde si je fais des choses anormales ?

 

Je m’en veux d’avoir des rituels. Je m’en veux d’avoir des symptômes. Je m’en veux de ne pas réussir à les dompter.

Et la réalité est que j’ai peur. J’ai peur de ne jamais réussir à dompter mes symptômes.. J’ai peur de devoir arrêter les concerts en salle. (En plein air, je m’en bats les reins des lumières (des lumières en plein jour ça n’a pas le même effet)).

Pour moi, c’est comme s’ils avaient gagné. Et je n’ai pas envie. Vraiment pas.

Du coup, oui dans ma vie personnelle et professionnelle, il y a beaucoup d’évolution. Mais ça change pas que ce fardeau Bataclan est toujours avec moi, comme pour me rappeler que ce n’est pas fini avec ça.

Le combat, avec moi-même, continue 🙂

6 commentaires sur “Alors alors

  1. Je suis vraiment heureuse que ta psy t’aide!!! ❤

    Je trouve ça intéressant le rapprochement que vous avez fait. Je souhaite que le fait de comprendre certains fonctionnements, puisse t’aider d’une manière ou d’une autre, à apprivoiser tout ce que tu traverses…

    Je ne suis pas tellement d’accord avec toi, pour le fait que tu ne sois pas normale avec les rituels 🙂
    Pour ma part, je ne sais pas vraiment ce qui est défini comme normal en tout cas. J’ai plutôt l’impression qu’on gère tous nos peurs comme on peut, et qu’on a tous des côtés qui clochent un peu en fait…

    Quand je lis ce que tu décris comme rituels, ça me donne plutôt l’impression que tu as un certain sens pratique, en fait. Même si je sais que tu le fais pour des raisons bien particulières, bien sûr…

    Pour ma part j’ai plutôt tendance à trouver sain le fait que tu te protèges au contraire 🙂
    En tout cas, clairement je te soutiens. J’ai eu l’occasion de me rendre compte que je n’avais pas dépassé mon trauma avec la voiture. Je n’ose pas imaginer ce que tu dois vivre avec tout ça, et le ras le bol que tu ressens.
    Je t’envoie toute la douceur que j’ai en stock. Je crois que tu y arriveras 🙂

    Gros gros bisous ❤

    Aimé par 1 personne

    1. On va dire que mettre un mot sur les reactions physiques que j’aie, me prouvent que ce n’est pas rien. Ça prouve l’existence de mes symptômes. Ça me prouve que ce n’est pas « juste  » une crise. Si le corps réagit que c’est que je ne dois le prendre en compte et que ce n’est pas rien.
      Mettre le mot « malaise » pour quelque chose dont je pensais être qu’une « petite crise » ça me bouscule quand même.

      Ma psy m’a dit exactement la même chose, en me disant bien que ce qui aurait presque anomale c’est que je n’ai pas de réactions liés aux attentats.
      Mais ça me rend folle quand même.. je veux être « normale ».

      A la base c’était un sens pratique. Mais maintenant ce sens pratique est réalisé parce que je sais que ça me fait gagner du temps si besoin…
      Ma psy me dit aussi qu’il y a une différence entre le faire parce qu’on a peur qu’il arrive quelque chose (comme quelqu’un qui a des angoisses liées au Bataclan mais qui a tout vu par la TV seulement) et quelqu’un comme moi qui le fait, parce qu’elle connait la situation. Qui sait ce qui peut arriver et quels sont les points à éviter et ceux a faire.. (en partie)..

      Un traumatisme ne nous laisse pas de tout repos et il revient quand il le souhaite.
      Ne dénigre pas le tien, et ne pense pas que le mien est pire. Un trauma fait peur et on fait ts face comme on peut.

      Mais oui j’en ai marre.. je pleure systèmatiquement après une crise (un malaise ?) Et je me sens donc faible et nulle. Vraiment nulle.

      Gros bisous ! Et merci pour ton soutien infaillible !

      ❤️❤️❤️

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