L'après Bataclan

De l’autre côté de la barrière

Cela fait une semaine que je suis détentrice d’un secret.

Qui dit secret, dit que vous n’en saurez rien de plus sur ce sujet.

Simplement, je suis de l’autre côté de la barrière. C’est à dire… Depuis presque quatre ans, je suis du côté où je parle pour être aidée et soutenue. Là, je suis celle qui écoute et qui tente de rassurer dans l’horreur.

J’essaie d’expliquer mon ressenti suite aux attentats, de faire une sorte de comparatif mais pas en mode « celui/celle qui a eu le plus bobo à gagné ». Non. Le but n’est pas de comparer la souffrance, mais d’expliquer que la souffrance que l’on découvre après un choc post traumatique est une réaction normale.

Cette personne qui m’offre son secret m’a demandé comment j’ai fait pour gérer mes angoisses et mes crises d’angoisses.

Je ne sais pas. Je ne savais pas quoi répondre. J’ai beaucoup dessiné. De la grosse daube d’ailleurs, mais ça me faisait du bien. J’ai fait des travaux manuels. Ça m’a permis de calmer les tremblements, et de me concentrer comme je le pouvais sur une tâche. J’ai pleuré. Beaucoup. Sans retenu. J’ai fait des insomnies. J’ai tapé dans mon coussin. Plein de fois. J’ai fait des câlins à Odin. En permanence. J’ai fait les choses à mon rythme. Au rythme de mon corps.

Je ne l’ai rarement malmené. Je l’ai écouté. Comme je le pouvais.

Les angoisses, les crises, les paniques, je les ai prises de plein fouet, sans protection médicamenteux. C’était choisi. Sentir la souffrance, dans un sens, c’est se sentir vivant. J’étais donc vivante.

Cette personne doit trouver son propre chemin pour avancer. Et je suis heureuse qu’elle l’ait compris. Elle sait par contre que sa famille, ses ami/es sont présents pour elle. Que je suis présente à tout moment, que j’aurai des conseils parfois foireux mais toujours dans la volonté d’aider. Et surtout sans jugement.

Etre de l’autre côté de la barrière, me permet également de voir à quel point c’est difficile de vouloir aider sans pouvoir réellement. Car la seule solution est à porter de la personne.

 

Photo perso – In the road

8 commentaires sur “De l’autre côté de la barrière

  1. C’est toujours dur d’être de ce côté en effet. Mais du coup ça nous permet de nous rendre compte de ce que cela représente pour les autres quand c’est nous qui avons besoin de soutien.
    Écouter, être là, c’est tout ce qui compte. Et tout ce qui a du poids. C’est important.

    Aimé par 1 personne

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