Mon Histoire

«13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur»

13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur est un documentaire chronologique en trois parties dans lequel Jules et Gédéon Naudet donnent la parole aux rescapés des attaques terroristes qui ont frappé Paris le 13 novembre 2015. Survivants, pompiers, forces de l’ordre et responsables du gouvernement français partagent leur témoignage de cette tragédie qui les a réunis.

Je ne vais pas faire de grande critique sur ce documentaire. Tout ce que je vais simplement faire c’est dire en quelques mots ce que j’en ai pensé et comment je l’ai vécu.

Ce que j’en ai pensé


J’ai trouvé le documentaire très bien construit. Sans bla-bla inutile et avec des intervenants intéressants. Ce que j’ai apprécié c’est qu’il n’était pas larmoyant comme certains autres documentaires que j’ai pu voir. Il y a les sons des attaques (et pas que celles que l’on a tous entendu aux infos) ce qui rend les choses plus réelles mais sans être dans le voyeurisme et l’envie de faire pleurer le spectateur. D’ailleurs ça m’a permis de comprendre ce que j’ai pu entendre de loin. Ce que je ne pensais pas, c’est que j’ai même ri sur plusieurs passages. Je ne vais pas les noter parce que vous pourriez vous offusquer. J’imagine que mon humour noir dans ce genre de situation ne passerait pas.  Bref, ce qu’il faut en retenir c’est que j’ai ri à plusieurs reprises et ça ne m’était jamais arrivée dans les autres documentaires ou reportages que j’ai pu voir. C’est un point plus que positif.

Comment je l’ai vécu


Il y a des éléments sur lesquels je me questionne. Dans ce documentaire, ce sont des témoignages des otages en grande partie. Ce sont ceux qui sont restés le plus longtemps dans le Bataclan. Pour ma part, je n’y suis restée moins de dix minutes. Ce qui fait que je me suis questionnée sur ma légitimité à parler de ces événements. De l’impact que cela a sur moi. Je me sens honteuse d’avoir autant de symptômes alors que je n’ai vécu qu’une bribe de terreur. Oui, je sais ce que c’est d’avoir peur, d’être terrorisé, de sentir la mort venir, de sentir son instinct de survie prendre le dessus. Mais je suis honteuse de pleurnicher, de geindre, de parler de ma fatigue, de mes angoisses quand d’autres ont fait un tête-à-tête avec les terroristes

J’ai énormément de mal à accepter que je fais partie de ce « groupe »: les victimes du Bataclan. Il a toujours eu cette bataille en moi entre « je suis une victime/ Je ne suis pas une victime ». Et voir que ces otages ont vécus des heures avec les terroristes alors que j’étais « tranquillement » cachée chez l’habitant à quelques mètres, ça me perturbe. Oui, je suis traumatisée, mais ai-je le droit quand d’autres ont vécu pire?

 Il a essayé de me rassurer comme il le pouvait en me disant que chacun vit les choses différemment et selon sa sensibilité. Cependant cela reste quelque chose qui me trotte en tête.

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Boulet – Gilles Roussel

D’ailleurs ce documentaire lui a permis de me poser des questions alors qu’il n’avait jamais osé. Je suppose qu’il avait peur de mes réactions, dans le sens où il avait la crainte de ne pas avoir les mots suffisant pour me rassurer et gérer une éventuelle crise. Sauf que sa seule présence me fait du bien et me rassure. Il en sait plus sur ce que j’ai vécu et surtout ce que j’ai ressenti. J’ai été heureuse de partager ce moment avec lui. Je pense également que cela nous a un peu libéré tous les deux.

8 commentaires sur “«13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur»

  1. Rien que pour le partage à deux, je dirais que c’est très positif.
    Je suis tout à fait d’accord, chacun sa sensibilité. Ce n’est pas parce que tu as vécu « moins » que d’autres que ton ressenti, ton traumatisme ne sont pas réels et authentiques. Tu parles de ce que tu as vécu, comment tu l’as vécu sans tomber dans le drame, avec humilité et vérité.
    En même temps je te dis ça mais moi il m’a fallut près de 4 ans pour accepter mon traumatisme, car comparé à d’autres je le trouvais insignifiant.
    Quant au mot « victime » j’ai aussi eu du mal à l’intégrer aussi jusqu’au jour où j’ai réalise qu’on pouvait être victime et survivante.
    Merci pour ton partage.

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    1. Excuse moi de te répondre que maintenant Marie ^_^

      Oui, rien que pour le partage à 2, c’est déjà beaucoup.
      J’aime beaucoup ton commentaire parce que je n’avais jamais songé que je pouvais être victime et survivante.
      Ca me fait cogiter tout ça!

      Merci beaucoup pour ton retour d’expérience aussi, du coup.

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  2. Je crois que c’est normal de se poser la question de la « légitimité » d’être victime et pourtant, ce n’est pas le durée de ce que tu as vécu qui importe, mais simplement le fait de l’avoir vécu. Et j’aime beaucoup le constat de Marie : pouvoir être victime et survivante.

    C’est bien de l’avoir regardé à deux, surtout si ça a permis à ta moitié de poser des questions qu’il n’aurait pas posé autrement.

    Naudet, ce sont eux qui avait fait sur le 11 septembre aussi non?

    Aimé par 1 personne

    1. excuse moi de te répondre que maintenant Angie :/ J’ai lu le commentaire et après j’ai profité de mon week end :/

      Je sais ce que tu me dis, mais c’est difficile de l’intégrer dans mon cerveau. J’en ai conscience mais c’est je ne valide pas l’info :/

      Oui! C’est très positif, ça m’a fait du bien et j’espère à lui aussi.

      Je crois que oui !

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  3. Ce que tu dis de ce reportage m’intéresse… merci pour ton retour.
    Je ne crois pas qu’on puisse juger sur une échelle les traumatismes… la vérité est que tu as été en danger de mort, et que ça a été particulièrement intense. Ce que tu as vécu me paraît largement suffisant pour être traumatisé… les faits sont que, tu es une survivante, et tu vis avec le contrecoup, bien concret.

    En tout cas quand je te lis, je te vois exposer les faits, tes ressentis, et la réalité de ce que tu vis… et toutes les difficultés qui vont avec. Ça me paraît totalement légitime…

    C’est chouette que vous ayez pu partager 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne pense pas que l’on puisse non plus, mais c’est bien ce que fait l’Etat :/. Ou même les médias qui ne parlent que des victimes mortes ou blessées physiquement. Donc les autres on a tendance à les oublier.

      Merci pour ton retour de ce que tu penses de mes écrits. (je vais me répéter, ça me touche :$)

      Gros gros bisous

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  4. Le traumatisme… ce n’est pas rationnel, ni logique. C’est physique. Qu’est-ce qui le caractérise? Ce que toi, tu as vécu. Pas ce que les gens pensent. Pas ce que les médias rapportent. Pas ce que toi, tu crois grave ou pas. Ton corps l’a vécu. Ta mémoire l’a avalé. Tu vivras avec cela toute ta vie, désolée… mais tu grandiras. Tu n’es pas la seule ce soir-là, à avoir vécu ce traumatisme silencieux. Tu n’es pas la seule à te demander si tes symptômes sont légitimes. Tu parles pour plusieurs présentement, c’est la beauté de la chose. Ce que tu fais est important. Très important. Car un traumatisme, c’est grave. Il n’y en pas un plus grave qu’un autre. Tu mérites d’être entendue. Tu mérites de le crier haut et fort, parce que tu n’es pas seule!

    Aimé par 1 personne

    1. Ce que tu dis est totalement juste. Je sais que mon corps, ma mémoire, mes sensations ont « avalé » (pour reprendre ton mot) cet événement. Mais c’est difficile d’y croire, parce qu’il m’arrive encore de me dire que ce n’était qu’un cauchemar et que ça passera.

      Je sais que je ne suis pas la seule à avoir vécu cela (malheureusement :/) mais je ne veux pas parler au nom des autres. Parce que j’arrive pas à me dire que la durée (combien de temps j’étais dans le Bataclan) ne détermine pas l’ « échelle » de mon traumatisme..
      J’ai encore un long chemin avant d’accepter ce que j’ai vécu :/

      Merci pour ton commentaire car il est extrêmement juste. Et ça me fait du bien 🙂 ❤

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