L'après Bataclan

L’impact des attentats: « Le coup de foudre parisien » (1/2)

C’est un article que j’ai repris de mon ancien blog. Ca permet de se remettre un peu dans le contexte.. Un attentat cela a des répercussions sur une personne. Après deux ans, il y a des symptômes qui s’en vont et qui reviennent. Ce n’est pas toujours évident et j’essaye d’accepter que cela fait partie de ma vie maintenant.background.jpg

Grâce à tous ces événements, j’ai eu la joie, l’honneur de découvrir le terme  » trouble de stress post-traumatique » ou  TSPT.

La première fois qu’on s’est rencontrés tous les deux, c’était un peu comme le coup de foudre. Enfin je crois. Il y avait du monde dans le RER, on a croisé nos regards et hop.. J’ai eu chaud, très chaud, j’ai commencé à avoir le tournis et une boule au ventre.. « C’est ça l’amour? »  Après je me suis rendue compte que si c’était ça l’amour, j’étais bien dans la merde. Pourquoi j’avais une angoisse qui montait et les larmes avec? Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Je regardais les gens, je regardais pour voir s’ils avaient le même stress que moi. Comme la jolie jeune fille dont j’ai croisé le regard au sol du Bataclan où je voyais, je ressentais SA terreur dans son regard. Et non, les gens tiraient la gueule comme à leur habitude, j’avais un bout de fesse d’un mec enrobé sur la tronche, bref la vie parisienne en plein dans ma face.

J’ai aussi eu une montée de larmes et de stress quand mon RER s’est arrêté sans raison. Les lumières se sont éteintes et j’ai commencé à regarder tout autour de moi pour voir ce qu’il se passait.. S’il y avait des intrus qui étaient entrés dans le wagon.. Non, c’est juste le RER qui se faisait un trip entre deux stations.. Peut-être une biche sur la route ou un truc du genre..

Puis il y a eu la fois où je suis revenue sur mes Terres et que j’ai pris le tram.. Je me suis mise à suffoquer, à avoir chaud, à voir trouble.. J’étais en train de faire un malaise. Mais je ne savais toujours pas ce qu’il se passait.. Je me disais juste que j’étais un peu conne de réagir comme ça..

Enfin, j’ai rencontré ma psychologue, qui m’a expliqué  » Bah m’bonne d’me, vous faites des crises d’angoisses ». Ha? C’est donc ça?  Si j’avais su que c’était que le début !

En gros mes symptômes post trauma ont été (et sont):

  • Les cauchemars: Oh oui c’est kiffant de revivre l’événement dans sa ville, dans sa salle de concert avec des amis proches *ironie*. On sent aussi la culpabilité dans les cauchemars d’avoir fui sans pensé une seule seconde aux personnes à côté de moi.
  • Les crises d’angoisse: je crois que la pire que j’aie pu faire a été au Hellfest (festival de métal). En plein milieu de la foule, j’ai été prise d’angoisse, de panique et j’ai été en état de tétanie. Je me suis mise à pleurer, à trembler. Un ami m’a sorti de la fosse, de la foule, on s’est trouvés un endroit et il m’a demandé  » Tu as froid? Tu tremblesNon, j’ai peur« .
  • Les angoisses: A différencier des crises, parce que là c’est « juste » la boule au ventre, la gerbe, la peur qui est encré en toi, mais tu ne fais pas de crises.
  • Les insomnies: Bonjour je suis épuisée à en crever mais à 4h du matin j’ai encore les yeux bien grands ouverts. Bonjour Marchand de sable et Gros Nounours, lancez moi ce fichu tas de poussières dans la tronche.  Je veux dormir.
  • Les pensées morbides:  Insomnie = tu as du temps pour réfléchir. Pourquoi eux et pas moi? Pourquoi j’ai pas été touché? Pourquoi? Et POUR—-QUOI?
  • Les bruits: « Maman, ne fait pas ce bruit, ça me rappelle des bruits entendu le 13.. » « Ne claquez PAS les portes » « Putain de camion.. »  « Ne faites pas des bruits exprès derrière moi … »  « Cette caisse claire fait exactement le même bruit que les kalashs… » =  STRESS EXTREM
  • Les stroboscopes: Oui, ça peut faire rire, mais moi non. Les stroboscopes me mettent en état de panique. Du moins, j’ai les mêmes sensations et c’est immédiat. J’ai chaud, j’ai la tête qui tourne et j’ai peur. Pourquoi? Parce que lorsqu’une balle sort d’une kalash, ça fait une lumière. Et vu la rapidité des coups ce soir là, ça a le même effet qu’un stroboscope. Et ça me fait peur.
  • Le 13: Je suis devenue ce qu’on appelle une  » triskaïdékaphobe ». Et ce n’est pas non plus une blague. Quand j’arrive au niveau 13 d’un jeu, je me dois de le passer rapidement, sinon ça me perturbe. Quand je vais arriver à 13 articles sur ce blog, ça va me faire chier et j’aurai hâte de faire le 14.  Je déteste quand j’ai 13 vues sur mon article (d’ailleurs j’en ai un en ce moment et j’ai hâte que la 14 ème personne daigne le lire)et je remercie la 14ème personne. Quand j’aurai mes 13 abonné(e)s… Bah je vais chérir la 14. Je me suis faite opérée dans le bloc 13 en mai..  Bah putain, j’étais pas rassurée.. Il m’ait arrivé plus d’une fois de dire à T., « on est le 13, il est 13:13 et nous sommes en face du bâtiment 13. On bouge? » Bref j’ai l’impression d’être entourée des 13..  Et je sais que dans ma salle de cinéma, il n’existe pas de salle 13 et ça me rassure. Ne parlons pas du vendredi 13.. Si je peux rester chez moi, je reste chez moi et je ne fais rien. Certains ne comprendrons jamais l’angoisse de cette date.. Tant mieux pour eux.. mais surtout ne JUGEZ pas.
  • Les sorties de secours: Depuis, que je le veuille ou non, je sais où sont placées les sorties de secours à l’endroit où je me trouve. Je ne fais pas forcément exprès, c’est devenu un véritable réflex. Parfois, quand ça va pas très bien, je réfléchis à comment fuir si jamais il y a une attaque. D’autres fois, quand je vois que je suis loin de la sortie, je me dis que je vais juste crever sur place et je ne pourrais rien faire.
  • Les mots: Il y a certains mots qui sont mes voldmort à moi. D’ailleurs j’ai déjà utilisé  le mot « Voldemort » pour remplacer des mots sur ce blog. Je ne supporte plus entendre « kalash » pire quand on me le dit en entier. (d’ailleurs moi je n’y arrive pas, je bégaie sur le mot). Ca me donne des sueurs froides. Le mot « terroriste » me fait vomir, souffrir, gémir. Ils ne méritent pas qu’on daigne s’intéresser à eux. Ils ne sont personne, et ne valent rien. Ils n’ont pas de noms/mots, ils n’ont pas de forme. Ils ne sont rien.
  • La maladie: J’ai été malade pendant 2 ou 3 mois je crois, une fois rentrée sur mes Terres. J’ai enchainé 3 grippes l’une après l’autre, avec près de 40° de fièvre à chaque fois. J’ai mis 3 voire 4 mois pour m’en remettre.
  • La place dans un concert: J’ai pris l’habitude d’être placée soit au même endroit que lors du 13 (au premier rang à gauche..) soit dans les gradins tout en haut. L’un pour ne rien voir de ce qu’il se passe derrière moi, l’autre pour observer tout ce qu’il se passe devant moi. Si je suis tout devant, c’est que je vais bien 🙂
  • La fatigue: J’ai eu une fatigue psychologique et physique vraiment importantes. J’ai commencé à aller mieux vers août, septembre..  Je n’ai  jamais connu ça auparavant malgré un burn-out. Je ne saurai vous expliquer. C’est juste un vide. Le néant en vous. La moindre « activité » (se lever, manger..) est une corvée..

Je dois oublier certains symptômes, mais le plus gros est là. Certains sont encore d’actualité.. Certaines personnes de mon association ont eu des symptômes différents comme le bégaiement, l’isolement sociale, l’hallucination auditive etc..  Ca dépend donc des personnes..

 

3 commentaires sur “L’impact des attentats: « Le coup de foudre parisien » (1/2)

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